Gunther Anders — L'Obsolescence de l'Homme

D'une omniprésence de la technique à une remise en cause anthropolgique. 

 

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Un flash, une vibration, tu dégaines instinctivement et, frénétiquement, ta main se saisit de ton smartphone : “Léonard de BDA a publié dans Promo 2018 ESCP Europe”. Aussitôt, tes pensées fusent : que peut bien te vouloir ton BDA adoré? On ne peut pas te reprocher ton amour inouï pour le bureau, mais Léonard sait que tu t’es posé la question maintes fois. Et si le monde ne marchait pas comme ça? Et si je n’avais quitté ma conversation pour en savoir plus sur cette notification? La technologie imprègne notre quotidien, le façonne même, et comme les avis fusent sur la question, Léonard te donne la possibilité de creuser un peu ce sujet. Et, fort heureusement, un philosophe allemand nommé Gunther Anders — Stern de son vrai nom, né en 1902, mort en 1992, et premier mari de H. Arendt : le mec pèse maritalement — s’est penché sur ce thème. Et, pour lui, la technologie, ou ce qu’il appelle “la technisation croissante du monde”, c’est le mal. Mais, rentrons à présent dans le vif du sujet. 

D’une impossibilité de comprendre le monde à une conformation sans bornes :

    L’un des arguments phares de notre auteur repose sur le fait que la technique ait rendu le monde des hommes incompréhensible pour ces derniers, le monde “excéderait absolument notre force de compréhension, la capacité de notre imagination et de nos émotions, tout comme notre responsabilité”. Pour cause, notre société nous nourrit constamment à l’information, nous livre même l’information “à domicile” selon ses termes. Comment mettre en marche notre imagination dans un monde qui nous fournit sans cesse des images? Toutefois, la manière de fournir ces images, c’est-à-dire “à domicile”, empire le phénomène : non seulement mettre son imagination en marche devient de plus en plus en difficile, mais les hommes s’isolent peu à peu. La consommation d’information se dissémine : les télévisions, la radio pénètrent dans nos foyers, et chacun préfère désormais ingérer les mêmes contenus informationnels chez soi. Tous les hommes vivent la même chose, mais séparément, créant et justifiant intrinsèquement une conformation croissante. Des millions d’individus se rassemblent autour d’un même modèle, aspirent à suivre ce même modèle pour enfin l’incarner. Dois-je te rappeler que 365 personnes ont vu en même que toi cette notification de Léonard, et ont tous eu ce même sourire face à leur écran à la vu de leur bureau préféré? Il suffit de transposer cela à des échelles plus globales, et l’on s’en rend vite compte : ce n’est pas tant l’information qui est livrée à domicile, mais nos émotions, et par là même, notre comportement. 

Le divertissement : “art et thèse du pouvoir” : 

    “Le divertissement est terreur” annonce froidement Anders. Il constitue la force de cette nouvelle force conformiste. Tel un Blaise Pascal, Anders défend ardemment l’idée que divertissement rime avec asservissement (et pour cause). Notre philosophe ajoute même que tout est divertissement, formant ainsi un nouveau type d’absolutisme T’es-tu déjà demandé pourquoi Les Anges de la télé-réalité Plus Belle La Vie rythmait ton programme de soirée? Le fait étant que nous sommes dépendant du divertissement, nous acceptons de nous y soumettre sans même se demander si cela est justifié moralement. Dans l’oeil d’Anders, la défaite est totale : les hommes ont perdu d’avance dans un combat qu’ils n’ont même pas pu engagé. Alors, après avoir fini de lire cette critique, pense à ton BDA chéri et réfléchis vraiment avant de lancer une nouvelle partie de Candy Crush et participer ainsi au “monologue collectif” craint par Anders.

La “technicisation croissante du monde” : nouveau défi des civilisations?

Vois-tu, ton BDA n’aime pas te laisser sur ta fin, et aime diversifier ta culture. Ci-dessous, une toile de Paul Klee : Angelus Novus (“le nouvel ange”). Même si ce peintre allemand du XXème siècle n’était pas marié à H. Arendt, son tableau vaut le détour. Il y présente un ange — le nouvel ange, toi-même tu sais — dos à une tempête, symbole du prochain danger en passe d’attaquer les hommes. La technicisation d’Anders pourrait-elle être cette tempête que l’on ne peut pas voir venir? Le divertissement crée par la technique nous empêcherait-il de voir des dangers imminents? À toi de juger, Gunther Anders et sa thèse semblent avoir déjà tranché. 

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La bise artistique,
Ton BDA

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